Close

Affaire Maurice Audin : des archives ouvertes au compte-gouttes

Par Yves Bordenave

Publié hier à 03h26, mis à jour hier à 18h03

Jeudi 13 septembre 2018, il est un peu plus de 13 heures. Le président de la République, Emmanuel Macron, arrive à Bagnolet (Seine-Saint-Denis) et frappe à la porte de madame Josette Audin, 87 ans, veuve de Maurice Audin, mathématicien disparu le 21 juin 1957 à Alger.

A cette vieille dame parvenue au bout d’une vie – elle mourra cinq mois plus tard – tout entière consacrée au combat pour la mémoire de son mari, militant communiste anticolonialiste, le chef de l’Etat vient dire ce qu’elle attendait depuis soixante et un ans. En substance : Maurice Audin est bien mort après avoir été torturé par des militaires français. Les travaux de nombreux historiens l’ont établi. Pour ce jeune président de 40 ans, le premier né après la guerre d’Algérie, il est temps que l’Etat le reconnaisse et que sa parole concorde avec la vérité historique. Laquelle ne souffre aucun doute. Les paroles du chef de l’Etat qui demande pardon à la veuve sont on ne peut plus claires.

Entouré de la famille Audin, l’aînée, Michèle, et le fils, Pierre, de deux députés, Cédric Villani (La République en marche) et Sébastien Jumel (Parti communiste), d’historiens, parmi lesquels Sylvie Thénault, Raphaëlle Branche et Benjamin Stora, de ceux qui, depuis tant d’années, œuvrent au sein de l’Association Maurice Audin, Emmanuel Macron est là pour en finir avec un mensonge qui déshonore la République.

Article réservé à nos abonnés Lire aussi Emmanuel Macron fait de la guerre d’Algérie le défi mémoriel de son quinquennat

« Une page s’ouvre aujourd’hui, l’ouverture de toutes les archives, le travail libéré des historiennes et des historiens. Cela va être une nouvelle ère pour nos mémoires et nos histoires avec l’Algérie », assure le président Macron. Propos d’une sincérité a priori sans équivoque. Gobelets en carton dans les mains, la vingtaine d’invités, témoins privilégiés de ce moment d’histoire, trinque à cet événement. Dans une déclaration écrite rendue publique par l’Elysée dans la foulée, Emmanuel Macron a dénoncé « un système [qui] s’est institué sur un fondement légal [et qui] a été le terreau malheureux d’actes parfois terribles, dont la torture, que l’affaire Audin a mis en lumière ».

Ce jour-là, rien n’a été laissé au hasard. La date – deux jours avant la Fête de l’Huma, où un débat sur l’affaire Audin a été programmé – a été choisie pour garantir un retentissement maximal. Chaque mot a été négocié avec les acteurs et les institutions concernés. Y compris l’armée, la plus récalcitrante d’entre elles.

Emmanuel Macron rendant visite à Josette Audin, veuve de Maurice Audin, à Bagnolet (Seine-Saint-Denis), en septembre 2018.

Trois mois auparavant, Sylvain Fort, alors conseiller mémoire du président, a réuni les protagonistes de ce dossier dans un salon de l’Elysée. Pendant plusieurs heures, Josette Audin et ses enfants, Sylvie Thénault et Raphaëlle Branche, de l’Association Maurice Audin, les représentants des différents services d’archives de l’Etat tentent de s’accorder. A l’issue de cette rencontre, Sylvie Thénault est chargée de rédiger la première mouture d’un texte qui se veut fort, précis et acceptable par tous. Las. « L’armée a tiqué et demandé des modifications », se souvient-elle. Un texte amendé est finalement soumis à l’approbation générale par Sylvain Fort. « J’étais là dans le cadre de ma mission auprès du président de la République et mon but n’était pas d’entamer un bras de fer avec la famille, les historiens, les archives et l’armée. J’étais là pour faire travailler tout ce monde en coopération », raconte-t-il.

Il vous reste 71.56% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.

Le monde

Laisser un commentaire

0 Comments
%d blogueurs aiment cette page :
scroll to top