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Au Cameroun, à l’ombre du Covid-19, le choléra, la rougeole et le paludisme continuent de tuer

Une pharmacie à Yaoundé, en août 2013.

Un après-midi de juillet, une forte fièvre et de violents maux de tête conduisent Abdoulaye dans un centre de santé de Douala. Très vite, le médecin recommande un test de dépistage du Covid-19, estimant que ce patient âgé de 20 ans en présente « tous les signes ». Apeuré, Abdoulaye s’enfuit de l’hôpital malgré les mises en garde du corps médical et les tentatives du vigile de lui barrer la route.

« Ce n’était pas le coronavirus, jure-t-il aujourd’hui. J’avais le paludisme. Je suis allé à l’hôpital parce que la fièvre était élevée, mais ils ont réalisé un faux diagnostic. Je n’irai plus là-bas. » A ses côtés, sa voisine Aïcha, vendeuse de haricots de farine, a pris la même décision : tant que le coronavirus sévira au Cameroun, elle ne mettra plus les pieds dans un établissement hospitalier. Comme Abdoulaye, elle dit avoir eu de la fièvre et s’être soignée toute seule, avec les médicaments du « poteau » (de la rue).

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Avec quelque 20 300 cas confirmés et 415 morts au 17 septembre, le Cameroun est le pays le plus touché par la pandémie en Afrique centrale. Craignant de se faire contaminer, de nombreux Camerounais se sont tenus à l’écart des centres hospitaliers, plus particulièrement des hôpitaux publics. Avec des conséquences parfois dramatiques. Ainsi, des épidémies telles que le choléra, la rougeole et le paludisme ont déjà fait, depuis le début de l’année, plus de 1 130 morts, soit plus du double que le Covid-19.

La dangerosité du choléra « minimisée »

Léonard Djomo est assis devant une maison en planches, l’air pensif. Il y a quelques semaines, l’un des jeunes locataires du domicile est décédé des suites du choléra. Il était vendeur ambulant de mouchoirs et a été pris de vomissements et de diarrhées à 10 heures du matin, mais ce n’est qu’à minuit que sa famille l’a conduit à l’hôpital. Il était déjà trop tard. « Ils redoutaient d’y aller à cause du coronavirus. Ils l’ont soigné à la maison et ce n’est qu’à l’article de la mort qu’ils ont pris peur, regrette Léonard. Une autre femme est décédée du choléra dans ce quartier. »

D’après la docteure Linda Esso, sous-directrice de la lutte contre les épidémies et les pandémies au ministère de la santé publique, depuis le début de l’année, 1 550 cas de choléra ont été recensés et 69 personnes en sont mortes. Un chiffre légèrement supérieur aux 66 décès enregistrés sur la même période en 2019. Cette maladie fait, depuis de nombreuses décennies, des ravages dans le pays. Malgré les multiples promesses gouvernementales, des millions de Camerounais n’ont toujours pas accès à l’eau potable et vivent dans l’insalubrité et la promiscuité. Avec les inondations qui touchent actuellement le nord du pays et ont frappé Douala fin août, les autorités sanitaires craignent le pire.

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« La principale difficulté réside dans la mobilisation des ressources tant humaines, matérielles que financières pour la gestion de ces autres situations d’urgence, étant donné que toutes les énergies sont concentrées dans la lutte contre la pandémie » de Covid-19, souligne Linda Esso, précisant que certains malades ont été à la fois infectés par le choléra et le coronavirus.

Pour tenter de limiter les dégâts, il a fallu multiplier les actions de sensibilisation. Un travail d’autant plus nécessaire que de nombreux Camerounais ne croient toujours pas à l’existence du coronavirus et « minimisent » la dangerosité du choléra, comme l’a constaté Baba Zenabou, agente communautaire à New Bell, un quartier de Douala et l’un des districts les plus touchés par le choléra au Cameroun. Lors de ses tournées, cette mère de famille a rencontré des personnes qui réclamaient de l’argent pour se faire vacciner contre le choléra et d’autres qui refusaient tout simplement à cause des préjugés.

Le paludisme, première cause de mortalité

Cette défiance affecte également la lutte contre la rougeole. Selon l’épidémiologiste Gisèle Efouba, si la pandémie liée au coronavirus a contribué à une « réticence des parents et des enfants à fréquenter les services de vaccination », la désinformation et les rumeurs qui circulent contre la vaccination ont également joué un rôle non négligeable. « Depuis le début de l’année, 143 781 enfants n’ont pas reçu leur première dose de vaccin contre la rougeole et la rubéole », s’alarme-t-elle. Selon son décompte, 1 427 cas confirmés de rougeole ont été enregistrés dans huit des dix régions du pays (contre 1 040 l’an dernier sur la même période), pour treize décès.

Au Centre médical islamique de l’Union, Amsetou Ndomi constate chaque vendredi, jour de vaccination, la désaffection des patients. Le taux de fréquentation a baissé, passant d’environ 400 personnes par semaine avant la pandémie à 300 voire moins aujourd’hui. Amsetou Ndomi craint aussi que de nombreux malades du paludisme, première cause de mortalité au Cameroun, n’aient recours à l’automédication, comme Abdoulaye et Aïcha. Entre janvier et mai, cette maladie a causé la mort de plus de 1 000 personnes, d’après le Programme national de lutte contre le paludisme, cité par le quotidien camerounais Mutations. De quoi pousser Amsetou Ndomi et ses collègues à repartir visiter les familles pour les « sensibiliser à se rendre à l’hôpital lorsqu’elles sont malades ».

Le monde

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