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Au Mali, les putschistes envisagent une transition politique de neuf mois

Qui dirigera le Mali après le coup d’État ? Les militaires du Comité national pour le salut du peuple (CNSP), qui ont pris le pouvoir à Bamako, dans la nuit de mardi 18 à mercredi 19 août en renversant le président, Ibrahim Boubacar Keïta, dit « IBK », avaient promis, très vite, l’organisation d’une « transition politique civile » menant à des élections. Ils savaient qu’ils pourraient compter sur la sympathie populaire, et devaient aussi prévoir une levée de boucliers régionale.

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Les dirigeants de la Cedeao, organisation qui regroupe les pays d’Afrique de l’Ouest, réunis en sommet, jeudi 20 août, ont exigé « le rétablissement du président Ibrahim Boubacar Keïta en tant que président de la République du Mali », quand les mutins, eux, précisent qu’une transition sera mise en place et dirigée par « un militaire ou un civil », comme l’a déclaré leur porte-parole, le colonel-major Ismaël Wangué, sur France 24.

Un document qui circule dans les milieux politiques maliens et que Le Monde s’est procuré expose la possible architecture de cette transition. Selon ce plan serait mis en place un « collège transitoire composé de représentants des différentes forces vives de la nation ». Composé de militaires et de civils, « issus des partis politiques, de la société civile, des organisations des femmes et des jeunes, du barreau malien, des organisations religieuses ». Ce comité, dont la formule évoque celle adoptée au Soudan, lors du renversement du président Omar Al-Bachir, en 2019, serait chargé de mener une transition de neuf mois, de nommer un premier ministre au profil de technocrate chargé de diriger un gouvernement restreint, le tout sous la direction d’un président de transition.

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La double différence avec le Soudan voisin, où Omar Al-Bachir a été renversé par les forces armées le 11 avril 2019, tient au fait que « IBK » avait été élu et que les responsables du coup d’Etat ont soigneusement préparé leur opération. Les hommes du CNSP n’ont pas improvisé une action au petit matin, mais planifié l’opération en amont. Liste des généraux à arrêter, ou à neutraliser, afin d’affaiblir le camp loyaliste du président et jusqu’à l’infiltration de sa garde personnelle, relevée à 6 heures, mardi matin, et remplacée par des éléments proputschistes pour faciliter l’intrusion dans sa résidence.

Ils avaient aussi à cœur d’éviter de « répéter l’erreur des putschistes de 2012 qui avaient annoncé eux-mêmes la démission du chef de l’Etat, provoquant un renversement de fait qui a durci les négociations avec la communauté internationale », selon un proche du leader de la junte. De ce point de vue, c’est un peu raté puisque nul n’a été dupe de l’étroitesse de la marge de manœuvre du président « IBK », annonçant, en état d’arrestation, sa démission et la dissolution de l’Assemblée nationale. Les condamnations de l’ONU ou de l’Union africaine ont été rapides. La Cedeao a décidé de fermer les frontières de tous les pays voisins du Mali, mais également de geler tout échange financier tant qu’« IBK » demeurera captif de la junte. Dans ces conditions, la décision des généraux de Bamako de rouvrir leurs propres frontières, jeudi, ne signifie pas un retour à la normale.

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Le monde

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