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Au Mali, polémique autour de la mise en pièce de la kora du musicien Ballaké Sissoko

Qui a brisé la kora de l’artiste malien Ballaké Sissoko ? Mardi 4 février, en rentrant chez lui à Paris après une tournée de deux semaines aux Etats-Unis, l’artiste malien Ballaké Sissoko a constaté que sa kora était en morceaux et raconte avoir avec retrouvé un mot des douaniers américains s’excusant des « inconvénients causés par la vérification des bagages ».

« Le col a été enlevé. Les cordes, le chevalet et tout le système d’amplification du son, délicat et complexe, ont été démontés. La kora est en morceaux », dénonce un communiqué publié sur la page Facebook de l’artiste. Ce message précise que « même si tous les composants qui ont été démontés étaient intacts, il faudrait des semaines avant qu’une kora de ce calibre puisse retrouver son état de résonance antérieur. » Corinne Serres, sa manageuse, raconte au Monde Afrique combien « Le choc a été énorme pour lui » et rappelle l’atteinte à cet objet irréversible… « Ballaké dit que c’est comme un divorce forcé, il ne peut plus en jouer. Pour lui, la rupture est définitive. »

Instrument d’exception

Fabriqué dans le respect de la tradition mandingue, cet instrument traditionnel des pays d’Afrique de l’ouest compte vingt et une cordes et est constitué d’une calebasse recouverte de peau de vache prolongeant un manche en palissandre. Le modèle sur mesure de l’artiste, qui est un des maîtres de cet art, a coûté plus de 5 000 euros.

Le message trouvé dans l'étui de la kora tel que posté sur la page Facebook de Ballaké Sissoko.
Le message trouvé dans l’étui de la kora tel que posté sur la page Facebook de Ballaké Sissoko. Facebook Ballaké Sissoko

La Transportation Security Administration, TSA, qui réalise les contrôles, nie en bloc dans un courriel envoyé au Guardian être l’auteur de ce démontage. « Il est très regrettable que l’instrument de M. Sissoko ait été endommagé pendant le transport. Toutefois, après un examen approfondi de la demande, il a été déterminé que la TSA n’a pas ouvert l’étui de l’instrument parce qu’il n’a pas déclenché d’alarme lors du contrôle de la présence éventuelle d’explosifs ». Une réponse qui agace Corinne Serres pour qui « c’est une honte et un mensonge que nous voulons éclaircirCe n’est pas un accident de transport. Nous allons déposer une réclamation en bonne et due forme », insiste-t-elle.Article réservé à nos abonnés Lire aussi  Le baume musical de Ballaké Sissoko

De son côté, la productrice Lucy Durán, ethnomusicienne de formation, qui s’aligne sur la version du virtuose de la kora, s’interroge, elle, sur la portée culturelle de ce geste, se demandant si « les douanes américaines auraient osé démanteler un Stradivarius ? Auraient-elles fait une telle chose à un musicien blanc jouant d’un instrument classique ? »

Pour elle, « il s’agit d’un acte d’agression triste et non provoqué, qui reflète le type d’ignorance culturelle et de racisme qui s’installe dans de nombreuses régions du monde et qui met en danger les meilleurs musiciens d’Afrique et d’ailleurs ». Dans son élan, elle ose même un parallèle qui ne plaira pas à tous en estimant qu’« au Mali, les djihadistes menacent de détruire les instruments de musique, de couper les langues des chanteurs et de réduire au silence le grand patrimoine musical malien. Et pourtant, ironiquement, ce sont les douanes américaines qui, à leur manière, ont réussi à le faire. »Article réservé à nos abonnés Lire aussi  3MA unit les cordes de toute l’Afrique

En attendant que la lumière soit faite, Ballaké Sissko, lui, se trouve en vacances forcées, dans l’incapacité de poursuivre les sessions d’enregistrement de son prochain album qui devaient avoir lieu cette semaine. « Sa nouvelle kora devrait arriver le 27 février, veille de son prochain concert. Il en aura beaucoup en mars. C’est très tendu car la kora ne sonne pas instantanément, il faut la travailler un certain temps », confie Mme Serres. Ballaké Sissoko, héritier des griots d’Afrique de l’Ouest, qui a joué avec Sting, Ludovico Einaudi, Ross Daly ou Jordi Savall devra donc patienter encore un peu avant de pouvoir composer à nouveau sur une harpe mandingue flambant neuve.

Matteo Maillard (Bamako, correspondance)

Le Monde

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