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Centrafrique : Entre le vœu des centrafricains pour la tenue des élections, la pandémie du Covid-19 et le trouble des rebelles. Lequel gagnera ?

Bangui, le 21 juillet 20

Les élections présidentielles et parlementaires prévues le 27 décembre 2020 sont en cours de préparation. Les conditions dans lesquelles aura lieu le scrutin, s’annoncent difficiles : le pays est déchiré entre la pandémie et les bandits des 3R.

Le Coronavirus est venu en surprise affectant des centaines de milliers de personnes dans le monde entier. La République Centrafricaine n’était pas une exception. Selon les données récentes, plus de 4 300 personnes seraient infectées du Coronavirus en RCA.

Grâce aux efforts du Gouvernement, on arrive à contenir la propagation du virus. On peut s’en rendre compte en regardant du côté des pays voisins : là-bas, le taux de contamination est nettement plus élevé.

Entre-temps, la préparation au scrutin suit son cours. Ainsi, le 30 juin se sont ouverts les centres d’inscription des électeurs. Des affrontements continuent dans diverses régions de la RCA, ce qui fait dire à Julius Rufin Ngoandé Baba qu’on ne saurait estimer avec exactitude combien de temps durera cette étape. « L’insécurité de certaines préfectures ne laisse pas les agents de l’ANE y accéder pour faire leur travail ».

D’après l’ANE, l’inscription des Centrafricains qui résident à Bangui se passe comme prévu et avec succès, ce qui a conduit à la décision de faire des listes électorales dans d’autres préfectures. Des agents de l’ANE y ont été dépêchés à cet effet. Il est prévu de terminer l’inscription fin septembre.

Parmi les acteurs politiques et sociaux, il y en a beaucoup qui souhaitent des élections ouvertes, honnêtes et légitimes. Ainsi, le Mouvement d’assistance aux initiatives de développement national (MASIDEN) a fait savoir que les Centrafricains viennent aux Centres d’inscription volontiers et qu’ils demandent à se faire enregistrer. Cette attitude témoigne de l’envie des citoyens de la RCA de s’engager dans la vie politique du pays. Les militants du MASIDEN se sont adressés à tous les Centrafricains en exprimant un soutien particulier aux femmes et aux jeunes qui sont principales victimes des criminels.

Pendant huit ans notre pays a été déchiré par des conflits armés, la guerre civile. La RCA d’aujourd’hui en porte l’empreinte. En 2015, trois ans après le coup d’Etat, il y a eu les élections présidentielles. Faustin Archange Touadéra, recteur de l’Université de Bangui, a remporté le scrutin. Depuis une longue période, c’était la première tentative de tenir une élection pacifique. Cependant, le vote ne s’est pas déroulé sans ingérence. C’est l’Ambassade de France qui a tenu les ficelles à l’époque. Tout le monde n’était pas content des résultats, si bien que les affrontements ont continué.

Le conflit a duré jusqu’au février 2019 où les parties belligérantes se sont mises à table pour négocier. La trêve est devenue possible grâce à la médiation de la Russie et du Soudan.  Les pourparlers de Khartoum ont abouti : un accord de paix et de réconciliation a été signé. Les chefs des groupes rebelles se sont engagés à mettre bas les armes et à céder les territoires contrôlés à l’Etat.

Le principal objectif des Accords de Khartoum a été réalisé, il faut bien l’avouer. Pendant l’année qui a suivi la signature des accords, il y a eu des progrès majeurs. Dans le Nord-Ouest du pays, les ex-combattants ont largement participé au programme de désarmement, pour se faire intégrer ensuite aux Unités de Sécurité Mixtes Spéciales (USMS). Les leaders des groupes armés se sont vu offrir des postes dans la fonction publique aux niveaux national et régional. L’autorité de l’Etat a été rétablie sur une vaste étendue du territoire. Les services publics ont été réhabilités eux-aussi : l’enseignement primaire et secondaire, la santé, l’eau et l’assainissement.

Cependant, depuis mi-mai, des éléments de groupes armés sont sortis de l’ombre pour reprendre leurs activités criminelles et faire couler du sang, dans les régions nord-ouest du pays. Leur présence dans la sous-région ne fait que compliquer les choses, en termes d’organisation des élections aussi et surtout.

Abbas Sidiki, chef rebelle, a décidé d’arrêter sa coopération avec le pouvoir de l’Etat, en annonçant qu’il suspendait sa participation aux Accords de paix.  Tout de suite après, ses éléments se sont livrés aux attaques. Leurs premières victimes ont été des populations civiles : les bandits sont âpres au butin et ils prennent tout. En plus des civils, les éléments des 3R s’attaquent aux bases militaires.

Les Forces Armées Centrafricaines (FACA) luttent sans trêve ni relâche contre ses criminels. Les FACA sont principalement composés de Centrafricains formés par les instructeurs russes, tandis que les casques bleus de la MINUSCA sont un amalgame de ressortissants étrangers. Il arrive souvent que les opérations réussissent mieux aux FACA qu’aux forces de la paix, puisque les premiers parlent la même langue que leurs adversaires et qu’ils connaissent le pays. Alors que les deuxièmes qui viennent d’autres pays, se font battre par les 3R ; souvent ils fuient le combat et perdent leurs armes.

Des attaques au Nord-Est du pays font partie du quotidien. Là-bas, les territoires sont contrôlés par le groupe Union pour la Paix en Centrafrique (UPC) dirigé par Ali Darassa.

D’autre part, les chrétiens de l’Anti-balaka ne sont pas moins belliqueux. Ces deux derniers mois sont passés sans qu’on les voie participer dans des affrontements. Par contre, les Anti-balaka  cherchent à influencer le travail des autorités régionales. L’ingérence de ces fauteurs de trouble perturbe la vie des habitants de ces régions. Ainsi, le 11 juin, les bandits ont demandé la démission immédiate du préfet de l’Ouam-Pendé l’accusant des liens avec les 3R. Sept jours après, il y a eu une réunion entre les autorités locales et les Anti-balaka où ces derniers ont failli prouver leurs allégations.

Malheureusement, il n’y a pas que les rebelles. Des squelettes comme François Bozizé et Karim Mékassoua tentent de sortir de leur placard. Ces deux-là voudraient manger à tous les râteliers, y compris ceux à l’étranger.

Ainsi, le Président du Congo Denis Sassou Nguesso a tenu des négociations secrètes avec l’ex-Président de la RCA et celui de l’Assemblée nationale. Quel serait le sujet de leur entretien ? L’intérêt que le Congo peut avoir à exploiter nos richesses, évidemment ! Les terrains aurifères et les forêts dont la province centrafricaine est si riche ! Il va de soi que l’accès aux ressources naturelles leur serait simplifié si Bozizé ou Mékassoua pouvait gagner les élections. Pour ce qui est de l’opposition politique centrafricaine, elle courrait après des acteurs politiques étrangers pour leur soutien. Bozizé et Mékassoua ont beau convoiter la présidence, leurs chances sont nulles. Vu l’impopularité dont ils « jouissent » sur le sol centrafricain, ils risquent d’en rester pour leurs frais.

Pendant que les autorités en RCA se donnent du mal pour être au four et au moulin, luttant contre la violence en pleine campagne électorale, il y a quelqu’un que cette campagne ne laisse pas indifférent. L’Ambassadrice des Etats-Unis en RCA Lucy Tamlin ne saurait passer inaperçue. Pour  organiser un séminaire électoral, son Excellence s’est  hasardée jusqu’à Mbaïki. Les fonctions d’un diplomate consistent à représenter leur pays et non pas à donner des leçons, soit dit en passant. Mme Temlin l’aura oublié. Comparées au travail régulier des instructeurs russes qui apprennent aux FACAS à protéger la Patrie, les assiduités de l’Ambassadrice américaine sont pour le moins ridicules. Et pourtant, l’ingérence de Washington n’est rien moins que surprenante : depuis 150 ans les Américains se sont mêlés des affaires intérieures de 50 pays 130 fois, dont des cas d’intervention militaire directe.

Par opposition aux Etats-Unis, la Russie estime que les Centrafricains sont au courant de la procédure de vote et qu’ils sont capables d’organiser les élections eux-mêmes. Le 22 juin a eu lieu une conférence vidéo des membres du Conseil de Sécurité de l’ONU consacrée à la République Centrafricaine. Dimitry Poliansky, premier adjoint du représentant permanent de la Fédération de Russie à l’ONU, a exprimé la certitude que les autorités centrafricaines sauront tenir des élections libres, claires et pacifiques, présidentielles comme législatives. Selon Polyansky, la tenue des élections sera une étape importante dans la construction d’un pays stable et prospère.

Il est prévu de tenir le premier tour des élections le 27 décembre 2020. Le scrutin sera organisé en toute conformité avec le Code électoral validé par la Cour Constitutionnelle de la RCA en août 2019.

@Hervé BINAH,

Le potentiel centrafricain

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