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Centrafrique : Les avis se divergent et font polémiques concernant la présence du putschiste Michel Djotodia

Bangui, le 14 septembre 20

«Je suis définitivement de retour dans mon pays pour apporter ma modeste contribution au retour de la paix », a déclaré Michel Djotodia aux professionnels des médias à sa descente d’avion à l’aéroport Bangui Mpoko.  Ces propos ont fait le tour des stations radio de la place et particulièrement des réseaux sociaux. Ils ont même constitué la substance d’une émission rétroactive animée par la radio RJDH, là où des dizaines de Centrafricains, hommes et femmes, ont pris la parole pour s’exprimer sur la question de la légitimité de cette déclaration de l’ex président centrafricain de 2013-2014.

 Le retour d’exil de Michel Djotodia Am Non Droko à Bangui ne cesse d’être sujet de conversations sur presque toutes les lèvres des Centrafricains. Certains y voient de la provocation si ce n’est une moquerie pure à l’égard des victimes des exactions des séléka, la nébuleuse rébellion dirigée par lui,  qui a marché sur Bangui et l’a pris dans un putsch le 23 mars 2013.

C’était le démarrage de l’incroyable calvaire noir des Centrafricains qui ont été massacrés, torturés, violés, pillés  allègrement par des hommes, particulièrement des mercenaires étrangers  sans état d’âme. Des exactions de tout genre ont été commises sur les personnes et les biens sans aucune distinction. Aucune région, zone, ville voire même les villages les plus reculés de Centrafrique n’ont été épargnés. Le Centrafricain, d’où qu’il soit, a subi dans sa chair et dans son âme toutes ces terribles souffrances déclenchées en vertu de quoi, on ne sait à cause de Djotodia et ses rebelles.

Les échos de ce chaos apocalyptique sans précédent en Centrafrique  ont fait le tour du monde et ont poussé des pays amis de la RCA, la Communauté internationale et les Nations Unies à venir au chevet de la Centrafrique pour essayer de sauver ce qui peut être sauvé encore. Dieu merci, les apports des uns et des autres ont abouti à l’organisation du sommet des Chefs d’Etat de la CEEAC, sommet ouvert à tous les hauts responsables des institutions sous régionales et internationales au cours duquel il a été décidé d’écarter Djotodja du pouvoir en janvier 2014, après 10 mois seulement de règne afin de limiter les casses.

Bien que Michel Djotodja soit contraint à l’exil au Bénin, les nombreux mouvements rebelles qu’il n’arrivait plus à maîtriser ont continué leur meurtrière mission dans une Centrafrique   divisée en zone d’occupation et d’influence avec trois figures hégémoniques notamment : Ali Daras de nationalité Nigériane qui occupe le centre-est, l’est et le sud-est du pays, Alkatim, un sujet Tchadien qui s’étend sur le Centre-Nord, Issène Abdoulaye et ses sbires, des centrafricains pourtant, dans le Nord et le Nord-est et Sidiki Abbas, sujet Camerounais dans l’Ouest et le Nord-ouest du pays. Plus des deux tiers du pays ont été ainsi partagés entre ces mercenaires et chefs de guerre qui y font encore leurs lois.

Des démarches ont été menées pour une résolution pacifique  de la crise centrafricaine issue de la situation de guerre semée par Djotodia avant son départ en exil. Plusieurs accords de cessez-le-feu et de paix ont été signés dont l’Accord Politique pour la Paix et la Réconciliation en RCA (APPR-RCA), négocié à Khartoum sous l’égide des Nations Unies, l’Union Africaine, la CEEAC et signé à Bangui le 6 février 2019 dans l’espoir de ramener définitivement la paix en Centrafrique  par la suppression de tous les mouvements rebelles. Rien de cela n’a été respecté par les seigneurs de guerre qui ont poursuivi leurs basses besognes  jusqu’à ce jour avec toutes les conséquences possibles sur des populations plus que meurtries.

Voilà qu’aujourd’hui, Michel Djotodia, celui que tous les Centrafricains mettent en cause de leurs souffrances, est revenu au pays et projette d’offrir ses bons offices en qualité de médiateur pour la paix en Centrafrique. Cette offre, à plus d’une raison, suscite des questionnements pour le Centrafricain lambda qui voudrait bien savoir les véritables raisons de ce revirement qu’il n’arrive pas à mieux cerner.

S’agit-il d’une manœuvre pour faire son mea-culpa face à la si grave et désastreuse situation dans laquelle il a plongé toute une nation et tout un peuple?  Ou bien, ayant pris pleine conscience, certes après ses longues années d’insomnies et de réflexion en exil, de la gravité et de la profondeur des douleurs et pleurs de ses frères et sœurs qu’il a vendu à vil prix à des étrangers qui les ont massacré allègrement, voudra-t-il bien faire quelque chose qui puisse laver et redorer sa face ? Ou est-il en train de vouloir simplement se faire intégrer parmi les siens sans aucun acte de pardon et de réconciliation qui devront nécessairement passer par la justice eu égard à tout ce qu’il a fait endurer aux Centrafricains ?

Tout compte fait, il est normal que les Centrafricains le pointent du doigt comme étant le mentor de leurs effroyables souffrances en introduisant des mercenaires étrangers dans les rangs de ses rebelles et de n’avoir pas été capable de les maîtriser devant les sadiques  exactions qu’ils ont commises et continuent de commettre sur des populations civiles sans défense.

Qu’à cela ne tienne, l’on comprend que lorsqu’une case prend feu, on ne cherche pas à voir la couleur de l’eau qu’il faut utiliser pour éteindre les flammes. C’est de ce point de vue que certains Centrafricains, nuançant leurs opinions sur Djotodja, accepteraient avec trop de réserve, les démarches de paix de celui-ci surtout que le chronogramme de ses actions précise bien que c’est dans les régions où ces soit disant éléments, chefs de guerre, règnent en maître qu’il prévoit y aller. Ignorant tout de ce qui se passait ou se passe discrètement  entre Djotodja et ses mercenaires, on pourrait admettre que son séjour béninois, c’est-à-dire au pays des vodous, lui a filé des substances miraculeuses qui puissent lui permettre de les ramener ces enragés et assoiffés de sang à la raison pour le retour de la paix en Centrafrique.

Mais toujours est-il, que si d’aventure, Djotodja aurait été piqué par le même insecte d’insurrection qui l’avait amené à s’appuyer sur des mercenaires étrangers et marcher sur Bangui entre temps, et qu’il veuille pactiser à nouveau avec ces sataniques sanguinaires pour faire foirer les élections prochaines, qu’il sache que cette fois-ci, son Allah n’est plus avec lui parce qu’il est déjà trop plein du sang des Centrafricains qui n’a que trop coulé sous les agissement de ceux qu’il prévoit aller rencontrer. Et le Centrafricain qui ayant marre du tribalisme mesquin de Bozizé, avait pensé que son action allait être salutaire, s’est très longtemps ravisé et ne lui cédera plus le passage, même d’un iota.

Puisque tout le monde aspire à la paix, une véritable et durable paix, que le projet de Djotodja, s’il est décousu de toutes idées malsaines, sataniques et malveillantes, puisse être une réussite pour le retour de la paix, du pardon et de la réconciliation en Centrafrique.

@Herman THEMONA,

 

Le potentiel centrafricain

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