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Centrafrique : un chemin de paix bien étroit

Crée par la loi n° 15.003 du 3 juin 2015, la Cour pénale spéciale se base sur le Code pénal centrafricain et en vertu des obligations internationales ratifiées par la République centrafricaine en matière de droit international, notamment le crime de génocide, les crimes contre l’humanité et les crimes de guerre objets des enquêtes en cours. Si cette cour dispose bien d’un caractère hybride – juridiction nationale et internationale – qui lui permet de mieux documenter les cas d’impunités et d’être proche de la population, elle doit cependant faire face à de nombreux défis, tels que l’absence de moyens financiers pour repérer les cas d’impunité, la difficulté à enquêter dans un pays encore en crise sécuritaire.

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Justice, réparation, réconciliation : une quadrature du cercle

Si la justice et les réparations de guerre riment avec la primauté du droit et du respect des libertés, du pluralisme et du libre-échange selon le modèle soutenu par Rousseau dans Du contrat social, par Montesquieu dans L’Esprit des lois, par Adam Smith dans Pour un libéralisme et justice sociale et par Kwame Nkrumah dans L’Afrique doit s’unir, tous ces modèles riment avec justice et équité, et justice sociale et économique pour tous à laquelle se greffent désormais la vérité et la réconciliation qui fonde la philosophie des accords de paix et qui se traduit en ces termes : « Avouer sincèrement la vérité pour mériter le pardon et l’amnistie, et contribuer ainsi au retour de la paix dans sa société. » Ce paradoxe remet à l’ordre du jour, non pas seulement le cas centrafricain, mais des différents pays enclins aux conflits.

Quelle voie choisir pour la vérité et la réconciliation ?

La Commission vérité et réconciliation qui procède à des approches politiques, psychosociologiques et juridiques de la non-violence de Gandhi ou de Martin Luther King, des méthodes judéo-chrétiennes de la philosophie du pardon et de la philosophie africaine de résolution des conflits de Mandela – Ubuntu : Je suis ce que je suis grâce à ce que nous sommes tous – en invitant les victimes et les bourreaux à s’exprimer devant un forum afin de leur permettre de retrouver la dignité. Est-ce que ce choix est susceptible de convenir au peuple centrafricain ? La difficulté à juger tous les criminels de guerre susmentionnés amène à se poser quelques questions : Faut-il pardonner pour tourner la page ? Ou associer la justice au pardon ? C’est la question qui est posée au peuple centrafricain et à sa législation en la matière.

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Une épée de Damoclès politique entre les mains d’ex-chefs d’État

Le retour de Bozizé et de Djotodia provoque diverses interrogations quant à la stratégie de ces anciens chefs d’État qui, déjà en 2003 et 2013, ont respectivement pris le pouvoir par coup d’État avant d’être déchus à leur tour. Ces retours loin d’être anodins, peuvent être considérés comme une véritable stratégie politique. S’ils ont été loin de Bangui pendant ses six dernières années, les anciens hommes forts de Bangui n’ont jamais manqué de réitérer leur envie de reprendre le pouvoir. Plusieurs violences leur ont été attribuées alors que ceux-ci se trouvaient encore en exil. Une preuve de leur perpétuelle influence sur le terrain. Leur appétit du pouvoir n’a guère été absorbé par ces années d’exil. Resté en contact permanent avec son parti Kwa na Kwa où il demeure le président pour ce qui est de François Bozizé, son retour annonce une ambition cachée qui pourrait découler d’un retour aux élections tumultueuses et perturbées en République centrafricaine.

Selon le nouveau Code électoral centrafricain qui fixe les conditions de candidature prévoit de fournir « un certificat attestant de la résidence ou du domicile du candidat à l’élection présidentielle sur le territoire national depuis au moins un an » article 37 (I). Ces derniers, répondent bien aux conditions de résidence sur le territoire national d’une durée d’un an tel que fixé par le Code électoral. Probables candidats aux prochaines élections législatives et/ou présidentielles de 2020.

De nouvelles perspectives ?

L’histoire ouvre à ce pays situé au cœur de l’Afrique des perspectives nouvelles. Le peuple centrafricain doit rester plus que jamais mobilisé, car rien n’est perdu d’avance. Il doit continuer à affirmer pacifiquement sa présence sur la scène politique. Il doit rester soudé et résister à la corruption politique et aux chantages multiformes des entrepreneurs de guerre. Travailler à refonder l’État, à préserver son unité dans sa riche diversité. La République centrafricaine a sa carte à jouer. N’en déplaise à ceux qui l’ont humiliée par une gouvernance d’un autre âge et essayent encore de l’émietter par la haine distillée.

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Plus encore en ces temps larvés de la pandémie du Covid-19, et au-delà des errements multiformes, la gravité de la situation requiert que chacun apporte sa contribution pour une gestion réussie du conflit et de la lutte contre ce fléau et d’une éventuelle désagrégation de l’État. De par son ampleur et ses conséquences prévisibles, le coronavirus, problème sérieux de santé publique, couplé à une situation d’État instable constitue de vraies menaces. Celles-ci ne seront jugulées qu’à la faveur d’une action de politique publique et de responsabilité collective impliquant tous les acteurs du pays. Pour que chacun soit acteur de la résolution de la problématique des menaces affrontées, il faut que chacun, à sa place, soit à la hauteur. C’est ce qu’attendent les populations centrafricaines qui aspirent légitimement à vivre dans un pays en paix géré de manière responsable.

* Jean-Claude Felix-Tchicaya est praticien chercheur au sein de l’Institut Prospective et Sécurité en Europe (IPSE) dans les domaines de la géopolitique, la géostratégie et la sociologie ; Hippolyte Eric Djounguep est chercheur en géopolitique et géostratégie à l’École supérieure des sciences et techniques de l’information et de la communication (ESSTIC) ; Sintiche Pagnou est chercheure indépendante de retour de Bangui.

https://www.lepoint.fr/afrique/

Avec: Letsunami

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