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Côte d’Ivoire: d’authentiques «houphouétistes»

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                Alassane D. Ouattara, « candidat malgré lui », devrait retrouver, pour la présidentielle du 31 octobre prochain, son adversaire historique, Henri Konan Bédié. Tous les drames vécus par la Côte d’Ivoire, depuis un quart de siècle, découlent de leurs inimitiés de frères-ennemis se disputant l’héritage de Félix Houphouët-Boigny.
            </p><div readability="128.02534730685">

                                    <p>Une semaine après le déjeuner de l’Élysée, entre Alassane Ouattara et Emmanuel Macron, l’opinion demeure perplexe, en Côte d’Ivoire. Le chef de l’État ivoirien a-t-il été désavoué, comme le soutiennent ses adversaires, ou conforté comme le prétendent ses partisans ? Comment expliquer que la position de la France sur cette candidature pour un troisième mandat importe tant, sur l’échiquier politique ivoirien ?

Dans les anciennes colonies françaises (ou pays sous tutelle), l’opinion, dans son subconscient, prête encore trop souvent à la personne du chef de l’État français, un rôle d’arbitre ultime des élégances démocratiques. Il y a une quinzaine d’années, certains s’en souviennent sans doute, le président Paul Biya, alors malmené, au Cameroun, par l’opposition et une partie de la rue, est sorti, un jour, d’un tête-à-tête à l’Élysée avec Jacques Chirac, en se flattant d’avoir reçu de son homologue français un satisfecit, qui valait certificat de bonne conduite démocratique, opposable aux contestataires.

Ce besoin d’une onction du président de la France, qu’éprouvent nombre de dirigeants d’Afrique francophone, est gênant. D’autant plus que les opposants eux-mêmes, une fois parvenus au pouvoir, oublient ce qu’ils dénonçaient comme un rapport de vassalité, pour s’évertuer à le perpétuer. Pour certains, l’onction de Paris est même plus importante que l’adhésion de leur propre peuple. Voilà pourquoi l’opinion, en Côte d’Ivoire, en est à scruter, dans les moindres détails, la réception faite par Emmanuel Macron à Alassane Ouattara. Comme si, au fond, l’érosion de l’indépendance s’opérait d’abord dans le subconscient des peuples eux-mêmes.

L’indépendance n’exclut tout de même pas les liens diplomatiques !

Certes. Mais on imagine mal un chef d’État kényan, botswanais ou ghanéen allant chercher, pour l’opposer à son peuple, l’approbation du Premier ministre britannique, ou même de la reine d’Angleterre. Et vous n’entendrez jamais des Angolais, des Sao-Toméens ou des Cap-Verdiens s’attaquer au Portugal avec le type de véhémence que les Ivoiriens, les Maliens et autres mettent à dénoncer le rôle de la France dans leur pays.

Aux journalistes sollicitant sa réaction sur la candidature contestée d’Alassane Ouattara, Emmanuel Macron a rappelé qu’il s’était engagé, à Ouagadougou, à ne pas s’immiscer dans la vie politique des États africains. Il se trouve que les Ivoiriens – et toute l’Afrique avec eux – se demandent ce que lui compte faire des compliments chaleureux adressés à son homologue ivoirien, lorsque celui-ci a annoncé, en mars dernier, qu’il ne briguerait pas un troisième mandat.

Le pouvoir justifie cette candidature par le décès d’Amadou Gon Coulibaly…

Cette formation politique, créée il y a un quart de siècle, gouverne la Côte d’Ivoire depuis dix ans. Qu’elle ne puisse pas aligner trois, voire cinq personnalités capables de prendre, au pied levé, la relève d’un candidat dont tous connaissaient l’état de santé, est tout simplement inquiétant. Comme est, d’ailleurs, inquiétante, la candidature d’Henri Konan Bédié, incapable, à 86 ans, de proposer cinq à dix successeurs à qui passer le flambeau. Ces deux hommes se sont affrontés de manière sanglante, au décès de Félix Houphouët-Boigny, en 1993. Parce que « Le Vieux », de son vivant, n’avait pas eu la sagesse – la lucidité ! – de passer la main, pour accompagner une transition sans heurt. Un coup d’État en 1999, une rébellion en 2002, 3 000 morts dans une guerre en 2010-2011. Autant de drames évitables que Félix Houphouët-Boigny n’a pas su prévenir. De ce point de vue, Henri Konan Bédié et Alassane Ouattara semblent être d’authentiques « houphouétistes ».

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RFI

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