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Eugène Ebodé: «J’écris pour faire une passe aux lecteurs»

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                Eugène Ebodé appartient à la génération postcoloniale des romanciers africains. Cet auteur d'origine camerounaise a une dizaine de livres à son actif, dont les plus connus racontent les drames, les combats et les dérives du monde noir. Avant de se lancer dans l’écriture au tournant des années 2000, le romancier était footballeur professionnel au Cameroun. A l’occasion de la sortie prochaine aux éditions Gallimard du nouveau roman d’Ebodé intitulé « Brûlant était le regard de Picasso » , Chemins d’écriture brosse le portrait de cet auteur à l’écriture empreinte de nostalgie, de sarcasme et d’un je-ne-sais-quoi qui la rend éminemment lisible.
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                                    <p>« <em>Je suis essentiellement romancier, un romancier à l’écriture jubilatoire</em> ». Ainsi parle Eugène Ebodé, écrivain originaire du Cameroun, auteur de neuf romans, et un dixième en attente de publication aux éditions Gallimard. C’est une œuvre singulière, caractérisée par sa justesse de ton et une profonde empathie pour la gent humaine, que nous livre cet ancien footballeur, recyclé en homme de lettres.

Gardien de but titulaire dans l’équipe nationale junior du Cameroun dans les années 1980, l’homme avait fait vibrer un temps le cœur des fans des « Lionceaux du Cameroun ». Si son aventure footbalistique s’est arrêtée en cours de route, Eugène Ebodé a gardé de son passage par le sport collectif un goût pour la mêlée et la solidarité, un goût qui le conduit parfois à imaginer l’écriture comme une « passe au lecteur ».

Désir d’écrire

Débarqué en France en 1986 pour poursuivre des études de journalisme et de sciences politiques, Eugène Ebodé publie ses premiers romans au tournant du siècle. Il a alors 40 ans, mais c’est depuis ses années d’écolier qu’il est taraudé par le désir d’écrire.

« Eh bien, aussi loin que je m’en souvienne, le romancier se souvient, j’étais en classe de sixième, au collège Lieberman de Douala, nous avions un prof de français qui était fantastique. Il nous a donné le goût des textes littéraires qu’il nous lisait avec une perfection absolue et nous étions transportés. Nous l’appelions « Voltaire ». Je peux donc dire que c’est Voltaire qui m’a indiqué, invité, incité, plongé dans l’écriture. »

La Transmission (2002), La divine colère (2004), Silikani (2006)…. Les premiers romans de ce Franco-Camerounais ont une composante fortement autobiographique. Ils racontent l’évolution de la famille de l’auteur dans l’Afrique des indépendances. Le père d’Ebodé était infirmier. Sa mère, femme au foyer, occupée à élever ses dix enfants. Les parents fondaient tous leurs espoirs sur leurs enfants. Ayant hérité de son père infirmier son obsession des corps malades qu’il devait soigner et si possible guérir, le futur écrivain rêvait de faire médecine. Il deviendra romancier. « Finalement, être écrivain, c’est être un peu un médecin des âmes… », confie l’auteur de Silikani.

La montagne à gravir

Panser les blessures des âmes, c’est ce que fait Eugène Ebodé dans ses romans avec un talent exceptionnel. Ses modèles en écriture ont pour nom le grand auteur camerounais Ferdinand Oyono, le Martiniquais Aimé Césaire, et les Russes : Gogol, Dostoïevski et sans oublier Pouchkine, incontestable icône. Il lit et relit Eugène Onéguine, le roman en vers du poète de Moscou, et nourrit l’ambition d’achever Le Nègre de Pierre le Grand, le roman que le maître n’a pas eu le loisir de terminer. «  C’est un peu présomptueux de le dire, reconnaît Ebodé, mais je vous le confie, c’est mon rêve d’écrivain de pouvoir achever ce qu’il a si bien commencé. En ai-je le talent ? la force ? Il faut être humble devant la montagne à gravir, mais j’essaierai. »

En attendant de se mesurer un jour à la montagne, l »homme poursuit son chemin d’écriture à travers les mythologies et le devenir du monde africain contemporain dont il a fait ses thématiques obsessionnelles. Paru à l’occasion du vingtième anniversaire du génocide au Rwanda, Souveraine magnifique (2014), son sixième roman, brosse le portrait de l’héroïne éponyme, d’origine tutsie, une survivante qui doit continuer à vivre le restant de sa vie avec le souvenir des abominations dont, petite fille, elle fut témoin. « Je n’ai pas honte de ma vie, mais il y a au fond de ma gorge un dégoût sans âge », avait-elle confié à l’auteur.

La Rose dans le bus jaune (2013), consacré à au parcours de la Noire américaine Rosa Parks, à l’occasion du centenaire de cette figure iconique du mouvement des droits civiques, est un autre ouvrage majeur sous la plume de ce romancier. La force de cette « biofiction » réside dans les éclairages subtils qu’elle propose sur les tumultes intérieurs et l’inébranlable sens de dignité de sa protagoniste, à l’origine du chambardement d’un système social inique.

Encore, une femme hors du commun sera au cœur du nouveau roman d’Eugène Ebodé, qui devait paraître cet automne. Coronavirus oblige, la publication de Brûlant était le regard de Picasso a été reportée à janvier 2021. Cette fois encore, une femme hors du commun est au cœur du récit de guerre et de renouveau que raconte l’écrivain.

Pourquoi écrivez-vous ?

Dix ouvrages en vingt années d’écriture. Infatigable Eugène Ebodé…Quand on lui demande qu’est-ce qui le pousse à se confronter ainsi inlassablement au défi de la page blanche, ce dernier cite Sony Labou Tansi qui aimait répéter à qui voulait l’entendre : « J’écris et je crie pour qu’il fasse homme en moi ! »

Et vous, Eugène Ebodé :

«  Moi, affirme ce dernier, j’écris pour faire une passe aux lecteurs pour que nous soyons un peu plus solidaires et un peu moins solitaires… »

Manifestement, à bientôt 60 ans et après dix récits romans et d’autres écrits divers et variés, l’ancien gardien du but du « Dragon de Douala  » reste encore un peu footballeur dans l’âme.

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RFI

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