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Il y a cinquante ans au Biafra, la surmédiatisation d’un drame humain

Des photographes occidentaux prennent en photo un enfant qui souffre de malnutrition à cause de la guerre du Biafra, à Owerri, en 1970.

Le 31 décembre 1968, lors de sa traditionnelle allocution de fin d’année aux Français, le Général de Gaulle déplore le « passage à vide » qu’a connu le pays au mois de mai. « Mais la nation s’est ressaisie », assure le général lors de ces vœux, ses derniers. Il décrit ensuite la situation au Moyen-Orient, parle du rôle « gigantesque » de la Chine, puis évoque « le droit de disposer de lui-même du vaillant Biafra ». Fin 1968, les Français connaissent cette province du sud-est du Nigeria qui a proclamé son indépendance dix-huit mois plus tôt et la catastrophe humanitaire qui s’y joue. A grand renfort de reportages, ils ont pris fait et cause pour ce territoire africain qui se bat contre l’armée régulière nigériane.

La France ne soutient pas officiellement la sécession biafraise. Mais l’Elysée voit dans cette volonté d’émancipation une occasion d’affaiblir le Nigeria, pays anglophone entouré d’anciennes colonies francophones, qui a reçu le soutien du Royaume-Uni et des Etats-Unis. « La zone pétrolière du Biafra était revendiquée par tout le monde, y compris par les Anglais car le Nigeria est une ancienne colonie britannique », se souvient Bernard Kouchner, parti en mai 1968 au Biafra pour la Croix-Rouge en tant que médecin : « Les rapports entre De Gaulle et le monde anglo-saxon étaient exécrables à cette époque. »

Archives 13 septembre 1968 : « La France entend accroître son aide au Biafra »

Une phrase prononcée par le général et rapportée par Jacques Foccart, secrétaire général de l’Elysée pour les affaires africaines et malgaches, résume bien la position française : « Nous ne devons ni intervenir ni donner l’impression d’avoir choisi. Mais tout compte fait, le morcellement du Nigeria est souhaitable et si le Biafra réussit, ce ne sera pas une mauvaise chose. » Dans les faits, cette affirmation se traduit par l’implication des services secrets français auprès des troupes biafraises, mais aussi par l’envoi d’armes et de mercenaires. « J’en ai croisé quelques-uns et je peux vous dire qu’ils ont joué un rôle épouvantable, assure Bernard Kouchner au Monde Afrique. Quant aux armes, j’en ai vu à l’aéroport où on allait chercher des médicaments, mais c’était surtout des vieux machins. »

« N’éteignez pas votre poste… »

En fait, c’est sur le plan humanitaire que la France veut se mettre en scène pour pousser sa stratégie. Et pour cela, le gouvernement va encourager une large couverture médiatique. « Dès l’autoproclamation d’indépendance, les dirigeants biafrais ont constitué un gouvernement incluant un ministère de l’information et une “direction de la propagande” composée de l’élite intellectuelle ibo, la tribu majoritaire », écrit Barbara Jung dans un article intitulé « L’image télévisuelle comme arme de guerre : exemple de la guerre du Biafra, 1967-1970 », publié en 2007 dans le Bulletin de l’Institut Pierre-Renouvin. Elle y montre comment, en diffusant des images dramatiques de villes détruites, de cadavres à l’abandon et d’enfants faméliques, les reportages vont condamner ouvertement l’attitude du gouvernement fédéral vis-à-vis des civils.

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Le monde

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