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Jean Castex, «M. déconfinement», entre à Matignon

On s’attendait à la nomination d’un homme discret qui ne ferait pas d’ombre au président, mais peut-être pas à ce point. En nommant Jean Castex en remplacement d’Édouard Philippe à la tête du gouvernement français, le président Emmanuel Macron a fait le choix d’un haut fonctionnaire de 55 ans qui connaît parfaitement les rouages de l’État, mais qui a toujours su rester dans l’ombre de ceux qu’il servait.

Mettant fin au suspense qui durait depuis plusieurs jours, Édouard Philippe s’est rendu vendredi matin à l’Élysée pour remettre sa démission au président. L’Élysée a aussitôt annoncé la nomination de Jean Castex, que l’on a surnommé « Monsieur déconfinement » puisqu’il a été chargé en avril dernier d’organiser la reprise de l’activité en évitant les nombreux écueils qui avaient marqué le confinement.

La veille de sa nomination, son nom demeurait pourtant inconnu de la plupart des Français, qui n’auraient pu non plus le reconnaître dans la rue. Ce haut fonctionnaire dans la plus pure tradition des énarques français est pourtant un familier des arcanes élyséens depuis qu’il a été secrétaire adjoint de l’Élysée sous la présidence de Nicolas Sarkozy. Classé à droite comme Philippe, il a cependant un profil moins libéral et plus social. Il connaît d’ailleurs très bien le ministère de la Santé, et tout particulièrement les hôpitaux. En 2006, c’est lui qui avait élaboré le premier plan national contre l’épidémie de H5N1. Un plan tombé dans l’oubli par la suite.

Comme le veut souvent la tradition française, Jean Castex est aussi maire d’une petite ville, Prades, dans les Pyrénées-Orientales. Une région dont il a conservé l’accent. Voilà qui ne devrait pas nuire à Emmanuel Macron, qui est souvent accusé de n’avoir d’intérêt que pour les grandes villes, où se trouve d’ailleurs l’essentiel de ses soutiens.

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Macron en première ligne

À Paris, on interprète la nomination de cet homme discret et compétent comme le signe qu’Emmanuel Macron entend occuper tout l’espace politique dans les deux années qui le séparent de la présidentielle. Autre détail qui ne trompe pas, Jean Castex aura comme chef de cabinet un homme de gauche proche du président, Nicolas Revel, qui avait été secrétaire adjoint de l’Élysée sous François Hollande. On raconte qu’en 2017, le président avait voulu l’imposer à Édouard Philippe, qui l’avait refusé afin de préserver son indépendance.

Quelques heures après l’annonce, la passation des pouvoirs s’est faite dans la plus grande cordialité. La mèche au vent, Édouard Philippe a décrit son successeur comme un homme qui a « un esprit ouvert et une main ferme ». L’ancien premier ministre passera certainement à l’histoire comme l’un des premiers ministres qui a affronté ces trois dernières années une contestation quasi permanente et souvent violente. À commencer par celle des gilets jaunes.

Dans sa première allocution, Jean Castex a d’ailleurs évoqué un pays « que nous devons réconcilier et réunifier ». « Je ne suis pas ici pour chercher la lumière, mais pour rechercher les résultats […] de l’action publique énergique dans le cadre d’un plan de relance vigoureux », a-t-il ensuite déclaré sur TF1. Se définissant comme un « gaulliste social », il a tenu à dire son attachement à la « laïcité » et aux « valeurs de la République ». « Pour distribuer la richesse, il faut d’abord la produire », a-t-il poursuivi, avant de préciser que, si la France est « un des plus beaux pays du monde », elle n’est « peut-être pas le plus facile à gouverner ».

Fracturer la droite

Cette nomination a été accueillie avec une satisfaction variable selon les appartenances politiques. Plusieurs chefs syndicaux ont dit considérer Castex comme un interlocuteur de choix.

Jean Castex est « le double d’Édouard Philippe sans la popularité », a tranché la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen. « Le jour d’après sera de droite comme le jour d’avant », selon le premier secrétaire du Parti socialiste, Olivier Faure.

La plupart des analystes estiment qu’après s’être rallié la droite juppéiste et libérale avec Édouard Philippe, Macron tente maintenant de séduire la droite sarkozyste, convaincu qu’il est que, dans deux ans, la gauche sera toujours dans le même coma qu’aujourd’hui. Après l’échec de LREM aux élections municipales de dimanche dernier, Jean Castex présente « l’avantage, pour Emmanuel Macron, de continuer à fracturer la droite », écrit Le Figaro. D’autant que le président aurait confié à Édouard Philippe une mission afin de formuler le programme de la majorité en vue de la présidentielle de 2022. Une proposition à laquelle le principal intéressé n’a pas répondu publiquement.

Les nouveaux venus

Pour que débute officiellement ce qu’on appelle à l’Élysée l’acte 2 du quinquennat, il ne manque plus que Jean Castex fasse connaître le nom de ses ministres. On s’attend à ce qu’ils soient nommés rapidement. Peut-être ce week-end, et certainement d’ici à la première réunion du Conseil des ministres, mercredi.

Depuis plusieurs semaines, on parle d’un gouvernement rassemblé autour de grands pôles et quelques ministres d’État. Plusieurs têtes pourraient rouler. On pense notamment au ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, plusieurs fois critiqué par les forces policières, et à la ministre de la Justice, Nicole Belloubet qui a multiplié les impairs. Les rumeurs qui ont cours à Paris évoquent la nomination de personnalités de la société civile et de jeunes élus de LREM. Parmi ces noms, revient souvent celui de Roland Lescure qui a été, de 2009 à 2017, vice-président de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Le devoir

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