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Madagascar: infirmiers et sages-femmes dénoncent l’insécurité dans les zones rurales

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La semaine dernière, un infirmier, chef du centre de santé de base (CSB) de Beteva Ampanihy, dans l’ouest du pays, a été tué par des malfaiteurs. De nombreux centres de santé de base de la Grande Ile ont fermé leurs portes de mercredi 19 à vendredi 21 août en signe de protestation et pour rendre hommage à leur collègue, n’assurant que le service minimum. Ces structures de santé de proximité présentes sur tout le territoire, souvent sous-équipées et en manque de personnels, sont aussi victimes des bandits.

Avec notre correspondante à Antananarivo,

« Trois journées de solidarité pour faire entendre notre souffrance aux autorités compétentes. » C’est le message lancé par le syndicat des paramédicaux de Madagascar, à l’initiative de la mobilisation. La plupart des infirmiers et sages-femmes ont répondu à l’appel, indique Jerisoa Ralibera, son président.

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« Nous sommes en deuil pour avoir perdu l’un de nos collègues. Il y a, en moyenne, une attaque par mois au niveau des centres de santé de base. Les malfaiteurs pensent qu’il y a de l’argent dans les CSB, c’est pour ça qu’ils attaquent les responsables. Mais il y a aussi des vengeances personnelles. L’année dernière, nous avons proposé la mise en place d’un agent des forces de l’ordre pour chaque CSB pour les sécuriser. Le secrétariat d’État à la Gendarmerie a déjà accordé cette proposition mais jusqu’à maintenant c’est l’exécution qui ne se fait pas. »

« Juste pour les gens et l’amour de ma patrie »

Une mesure que Fanomezantsoa, infirmier et chef du centre de santé de base I d’Ambohimitsinjorano, zone enclavée à une vingtaine de kilomètres de la capitale, Antananarivo, attend. Avec son épouse, sage-femme bénévole, ils sont les seuls agents de santé de ce CSB I. Ils ont aussi assuré un service minimum ces trois derniers jours pour soutenir la mobilisation.

« Ici aussi ça peut arriver l’insécurité, c’est pour cela nous avons participé à ces journées de la solidarité. Les conditions de travail sont très inquiétantes et démotivantes. Pendant trois années successives, il y a eu des actes de banditisme. Il y avait des dahalo (NDLR : voleurs de zébus et coupeurs de route). Quand on veut aller au bureau du district, le trajet est très dangereux. Notre CSB est loin de tout. Pour la plupart des centres de santé de base en brousse, il n’y a pas de poste avancé de gendarmerie. C’est nous, avec l’aide des villageois et du chef de quartier, qui sommes responsables de notre sécurité. Mais on espère que l’État sera attentif à nos journées de mobilisation et qu’il fera le nécessaire pour améliorer la sécurité de tous les centres de santé, surtout de ceux qui se trouvent dans les zones très enclavées. C’est juste pour l’amour pour ma patrie et pour les gens qui ont besoin de nous que je travaille ici. »

À Belo-sur-Tsirihibina, sur la côte ouest du pays, Santatra, sage-femme, a elle aussi participé au mouvement de solidarité. « Dans notre région, le personnel de santé a peur et fuit les CSB des zones rurales à cause de l’insécurité et les habitants des communes ne peuvent plus se soigner », explique-t-elle. Une insécurité qui s’ajoute aux salaires très bas : 500 000 ariary par mois en moyenne pour un infirmier, soit environ 120 euros.

RFI

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