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Mali : ce qu’il faut retenir du discours d’IBK

Dans un message diffusé mercredi 8 juillet sur la chaîne publique nationale, le président malien Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé le renouvellement de la Cour constitutionnelle ainsi que le déploiement d’une mission de la Cedeao pour revoir les règles de fonctionnement de l’institution.

Pour la première fois depuis le début de la crise socio-politique, Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) formule des propositions détaillées. Dans une allocution télévisée d’une vingtaine de minutes, le président malien a proposé mercredi soir le « remembrement » – c’est-à-dire un renouvellement – des membres de la Cour constitutionnelle.

L’instance est au cœur de la crise qui ébranle le pouvoir depuis qu’elle a annoncé les résultats définitifs des législatives. Une trentaine de candidats, qui pensaient avoir été élus après la proclamation des résultats provisoires, avaient vu la victoire leur échapper.

« L’arbitrage du dernier scrutin par la Cour a posé problème et continue à poser problème », a reconnu IBK, tout en écartant l’éventualité d’une dissolution de l’Assemblée nationale. Une telle décision constituerait selon lui « une injustice » pour les députés élus sans contestation et risquerait de créer « un vide constitutionnel ».

Mission « imminente » de la Cedeao

Le président a par ailleurs annoncé « la venue imminente d’une mission d’appui, de conseil et d’orientation de présidents de Cours constitutionnelles de la Cedeao », très impliquée dans la gestion de la crise. Cette mission permettra de modifier les textes qui régissent le fonctionnement de la Cour.

Le chef de l’État a avancé une autre piste pour aboutir à un compromis : un « accord politique de rassemblement national qui s’attellera à la mise en œuvre des recommandations du dialogue national inclusif ». Il préconise que cette feuille de route soit conduite par un gouvernement d’union nationale jusqu’en 2023, lequel serait mené par l’actuel Premier ministre, Boubou Cissé. Cet accord devrait permettre, toujours selon IBK, de répondre à la crise sécuritaire et d’enclencher les réformes institutionnelles.

Depuis le début de la crise, IBK n’a pas pris la pleine mesure de la dangerosité de la situation. »

Mais dans les rangs du Mouvement du 5 juin, le discours du président est loin d’avoir calmé la colère. « C’est la preuve que depuis le début de la crise, il n’a pas pris la pleine mesure de la dangerosité de la situation. Il est encore passé à côté. Il persiste à nous proposer des postes, sans tenir compte de notre mémorandum », regrette Sy Kadiatou Sow, l’une des figures de la société civile malienne. Dans un mémorandum soumis au chef de l’État, le M5 exigeait notamment la dissolution de l’Assemblée nationale et la formation d’un gouvernement de transition, dont il désignerait le Premier ministre.

Manifestation maintenue

Ce discours à la Nation survient après une série de rencontres infructueuses visant à apaiser les tensions. La première avait eu lieu samedi 4 juin avec l’imam Mahmoud Dicko, figure de la contestation. D’autres avaient suivi le lendemain avec des leaders du Mouvement du 5 juin – Rassemblement des Forces Patriotiques (M5-RFP), puis mardi avec des candidats malheureux aux législatives de mars.

« Seule l’incompréhension justifie la posture prise par le M5. Je n’affichais aucun mépris. »

Au sortir de leur échange avec le président dimanche, les leaders du M5-FRP avaient déjà publié un communiqué reprochant à IBK d’avoir « continué à faire la sourde oreille et preuve de mépris envers le peuple malien ».

« Seule l’incompréhension justifie la posture prise par le M5 à notre sortie d’audience. Je n’affichais aucun mépris. Notre pays est basé sur le dialogue, s’est défendu le président lors de son discours. J’invite la majorité [présidentielle] à rester ouverte aux échanges avec le M5. »

Selon le sociologue Bréma Ely Dicko, enseignant à l’université de Bamako, « le discours du président, au lieu de les calmer, va galvaniser les partisans du M5 et mobiliser les indécis pour la manifestation de vendredi ». Une rencontre des leaders du mouvement doit avoir lieu jeudi après-midi pour décider de la marche à suivre. Pour l’heure, la manifestation prévue pour exiger la démission du président est maintenue.

Jeune Afrique

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