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Nigeria: en patrouille avec les Agro Rangers [2/3]

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Le Borno est l’une des régions agricoles du Nigeria. Cette actuelle saison des pluies est le temps de la culture du riz, du maïs et du sorgho. Mais avec la rivalité accrue entre les deux factions de Boko Haram (l’une dirigée par Abubakar Shekau, et l’autre par Abu Mosab el Barnawi), les fermiers sont parmi des cibles récurrentes d’attaques. Mis en place depuis un an, les équipes d’Agro Rangers sont l’une des réponses des autorités nigérianes pour combattre l’insécurité et les conflits en milieu rural et urbain.

Déployé notamment dans le Borno, ce corps armé se dit bien rôdé aux patrouilles et à la protection des cultivateurs. Les Agro Rangers sont constitués d’agents de la défense civile nigériane, de chasseurs et civils volontaires. Ils redonnent confiance à des centaines de milliers de paysans qui ont repris le chemin des champs. Dans ce second épisode de cette série, nous partons en patrouille avec des Agro Rangers à une cinquante de kilomètres de Maiduguri.

« La zone vers laquelle nous roulons, c’est exactement par-là que les Boko Haram ont l’habitude de passer, en particulier Ajilari et Ngom. »

Isa Ahmad Michika est responsable des Agro Rangers dans un rayon de 50 kilomètres autour de Maiduguri. Il est en route pour Ngom. Une localité située à une heure de route de la capitale du Borno : « C’est la voie qu’ils suivent, soit pour aller dans leur sanctuaire dans la forêt de Sambisa, soit pour sortir de Sambisa vers la région du lac Tchad. Donc chaque jour, vous découvrez qu’ils traversent avec leurs armes, leurs camions et tout leur arsenal. »

Arrivé à destination, l’officier Isa Ahmad rejoint une vingtaine d’Agro Rangers positionnée en sentinelle sur une exploitation agricole. Un tiers de ses hommes veille au bord de la route. Les autres sont déployés au quatre coins d’un vaste champ où une centaine d’ouvriers agricoles s’active à nettoyer le sol avant de planter du maïs et du sorgho. Isa Ahmad : « Mes Agro Rangers, ils recensent, les ouvriers normalement au checkpoint où se trouvent les militaires. Ils établissent une liste de présence. Ainsi, ils connaissent le nombre de personnes qui sont venues travailler ici. Donc, aux heures de fermeture, ils vérifient la liste et pointent chaque nom. Et si une personne manque à l’appel, mes hommes doivent s’assurer que cette personne n’ait pas disparu. »

Fusil à la main, Musa Bukar balaie du regard l’espace qui lui est assigné. Ce trentenaire en avait assez de subir les humiliations et les raids chroniques de Boko Haram sans réagir. Dès qu’il a eu vent de la création du corps armés des Agro Rangers, cet ex-mécanicien s’est engagé. Après quelques mois de formation, Musa Bukar est en poste chez lui à Ngom : « Auparavant, nous avions l’habitude d’être inquiets parce que les insurgés vivent parmi nous. Et à ce moment-là, nous les craignions car lorsque nous les dénoncions aux forces de sécurité, ils pouvaient nous pourchasser pour nous tuer. Mais lorsque leurs excès sont devenus insupportables, ils ont essayé d’enrôler de force les hommes de Ngom qui ne les avaient pas rejoints. Alors j’ai décidé d’oublier toutes nos peurs et de confier nos vies à Dieu. Et c’est comme ça que certains parmi nous avons choisi de mettre nos vies en péril pour devenir des Agro Rangers et pour combattre les Boko Haram. »

Et pour l’officier Isa Ahmad, des Agro-Rangers du calibre de Musa Bukar sont essentiels car leurs fines connaissances du terrain et des habitants leurs permettent d’anticiper les actes des insurgés du nord-est du Nigeria.

RFI

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